Vous êtes ici: Accueil > Articles > Compte-rendu du visionnage de Matrix (1999)

Compte-rendu du visionnage de Matrix (1999)

Matrix, par les frères Wachowski (sortie en 1999)



matrix titre  Tout le monde ou presque connaît Matrix, film culte et légendaire de tout cinéphile qui se respecte. Hormis les scènes de combats, effets spéciaux etc., bref, tout ce qui fait de ce film un très bon film d'action, il existe une dimension philosophique.


Bien souvent on rencontre des personnes qui affirment que Matrix est un film à regarder encore et encore, car cette dimension apparaît à chaque visionnage d'autant plus forte. Une certaine profondeur philosophique se dessine derrière les fameux combats « au ralenti ».


bullet time Neo


 


La matrice : après le progrès trop avancé de l'intelligence artificielle, les hommes ont perdus le contrôle des machines. Pensant les contrôler, les hommes ont crée une sorte d'orage permanent pour priver les machines de leur source de fonctionnement : le soleil. Mais après avoir gagné cette guerre les machines se tournent vers la recherche de la bio-énergie. Il se trouve que les corps humains en sont une source très puissante. Les machines « cultivent » les hommes. Tous sont branchés dans des cocons et évoluent dans la matrice.


champs


Un programme recréant la société de 1999, entretenant ainsi les hommes dans un sommeil intellectuel. C'est cette notion qui m'a beaucoup aidée à comprendre le cours. En effet, on a traité le texte Qu'est ce que les Lumières ? de Kant en parallèle et il compare les hommes, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas philosophes, à des esclaves. Esclaves des tuteurs, car ils ne cherchent pas à sortir de cette ignorance en suivant leur propre entendement, par peur de savoir et par confort. Les machines sont donc comme les tutrices du monde artificiel, de la réalité des hommes « cultivés ».


ville


Au tout début du film, Néo s’éveille devant son ordinateur. Il reçoit un message lui demandant de suivre le « lapin blanc » : référence à Alice au pays des merveilles. Comme Alice, Néo va glisser dans le terrier, ici, la matrice, il va tout d’abord être inadapté/inhabitué au monde qu’on lui présente, tout comme Alice qui était trop grande pour le pays des Merveilles. Grâce à Morpheus , Néo accède au choix : la pilule rouge qui le mène à la connaissance et la bleue, à l'ignorance. Mais, finalement, en lui expliquant que son monde n’est pas réel, et que la pilule rouge lui permettra de voir cela, Morpheus pose le doute en Néo, qui va l’inciter fortement à choisir cette pilule rouge. A noter le choix des couleurs pour les pilules, identiques à celles des fils d’une bombe : il peut choisir de « désamorcer la bombe » en avalant la pilule bleue et retourner à son quotidien, pour lequel il paraît néanmoins en marge, ou alors, « laisser tout exploser » en choisissant la rouge, et ainsi « craquer le système ». En quelque sorte, le choix qui est présenté à Néo n’en est pas vraiment un.


pillules


En effet, en sachant désormais que son monde n’est pas réel, Néo ne peut plus reculer. Comment pourrait-il encore se lever chaque matin avec cette idée en tête : Qui suis-je ? D’où vient ce monde ? … Morpheus est tel le philosophe qui guide les hommes sur la voie de la connaissance. On peut faire un parallèle ici avec l'Allégorie de la Caverne de Platon. Elle devient la matrice : le monde intelligible dans lequel évolue Néo. En choisissant la pilule qui mène à la connaissance, il est « débranché » de la matrice, et son âme peut enfin retrouver la mémoire. Il accède violemment au monde réel, dit sensible, et voit clair pour la première fois, à l'image du prisonnier qui sort de la caverne.


 

la matrice


Les deux élus (Néo et le prisonnier) reviennent dans la caverne et la matrice, pour éclairer les autres : libérer les hommes de leurs croyances. Ils deviennent alors philosophes. Dans un sens , cette Matrice a un caractère métaphorique, comme si notre système (politique, économique, social) était l’ordinateur, dont nous serions les sujets. La pensée seule peut parvenir à travers la faille du système, à s’approcher de l’intelligible, sans cela, ce serait tomber dans le « désert du réel ». Comme disait Rabelais, « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». En l’occurrence, les machines n’ont pas de conscience, et les hommes qu’elles cultivent sont déchus de leur âme.


 


Article de Victoria Debise complété par Elsa Vernet.

Par T.L. 2011-12 collectif

Créé le 20:10:2011 à 20:11
Edité le 23:11:2011 à 13:44