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Article sur Eternal sunshine of the spotless mind :

 L’histoire d’Eternal Sunshine, tout le monde l’a sans doute déjà vécue ; ce film, aux allures de psychanalyse, traitant du souvenir et du destin, film construit principalement autour de deux personnages, l’œuvre semble être une machine à remonter le temps.


 


 Un matin, Il se réveille, abasourdi, puis il prend le train et  semble en quête de quelque chose, ou de quelqu’un. Mais qui est-il ? Joël, celui qui n’avait rien demandé. Puis arrive l’actrice, Clémentine, celle qui va faire que l’action  bascule, celle qui va changer le cours du destin de l’acteur. Mais si les acteurs perdaient la mémoire, qu’adviendrait-il de leurs vies ? Tel est le sujet que se propose de traiter le film réalisé par  Michel Gondri : la mémoire, essence de notre conscience, et base de notre existence. En topos cinématographique, ce film débute sur la rencontre entre les deux acteurs principaux, Clémentine, extravagante  et touchante, Joël, réservé et complexé ; une histoire d’amour naissante, mais du jour au lendemain, tout s’écroule : Clémentine, l’actrice, veut effacer  Joël Barish de sa mémoire, lui qu’elle avait pourtant tant aimé. Elle souffre trop d’être avec lui. L’ennui et les reproches s’installent, la flamme du premier jour s’est éteinte ; et elle ne peut plus le supporter. C’est là que le « mauvais génie » de Descartes intervient : une agence,  Lacuna inc.  est spécialisée dans l’effacement des souvenirs. Ainsi, pourrait-on décider du contenu de sa mémoire ? Pourrait-on choisir de sélectionner les évènements de notre destin ? Avoir le choix de recréer son univers ne peut-il pas entrainer la création d’une autre réalité ? Et d’ailleurs, le personnage principal, Joël Barish , se demande souvent, s’il est éveillé, s’il est mort, si tout ce qu’il voit est un songe. Le spectateur, croyant, avoir tout saisi d’Eternal sunshine, se trompe également. Pris dans le tourbillon du souvenir, Joël  ne veut plus perdre le souvenir de Clémentine. Après tout, le passé, même s’il fait mal, est là, et en effacer, même une infime partie, changerait la personne qui a subi l’intervention, puisqu’elle ressentira dès lors toujours ce manque. On pourrait croire que tout souvenir n’est pas forcément utile, mais, d’après une théorie bergsonienne ; un acte peut déclencher le surgissement d’un souvenir, qui peut donc nous être utile à tel moment du présent. En l’absence d’un moment du passé, la personne n’est déjà plus là-même : comme si le lien avec sa conscience avait été rompu.


 Eternal lac


Ainsi, L’objectif des effaceurs est d’ôter, au départ avec l’accord du sujet , Joël, tout souvenir des lieux, des personnes, des objets qu’il a pu percevoir, en compagnie de Clémentine. Mais pendant l’opération, il voit sa propre vie s’extraire de lui-même, tous les décors tombent comme des dominos, et s’effacent, mais l’image de Clémentine, que  Joël fait vivre à travers ses souvenirs, reste. Il peut douter de sa réalité, douter qu’il est éveillé, mais plus douter qu’il ne pourra plus oublier Clémentine. Effacer le passé, revient finalement à effacer le futur. Marie, une des employées de la société  Lacuna ,  apprend elle aussi à ses dépends, qu’elle s’est faite effacer un souvenir. Pourtant, c’est en reproduisant ce souvenir, sans le vouloir, qu’on lui apprend que ceci, elle l’a déjà vécu. D’une certaine manière, Joël pourrait être assimilé à Néo, dans Matrix : il est au sein de la matrice (pour Joël : la machine d’effacement de mémoire), et lui va avoir la capacité de se rendre compte de son état.


 eternal 2


Personne, physiquement ne lui montre qu’il remonte les chemins de sa conscience, mais la force du souvenir de Clémentine va le guider. Il dit d’ailleurs avoir une impression de « déjà vu ». Dans cette épopée de la conscience, le chevalier noir se révèle être le personnage de Patrick, un autre employé de la compagnie Lacuna, qui séduit Clémentine, après l’effacement de souvenir, en copiant les attitudes, les mots, de Joël. Il s’approprie alors une partie de la conscience de Joël, à son profit. Mais Clémentine semble s’apercevoir de la malhonnêteté de Patrick. A la fin du film, la totalité des souvenirs de Joël avec Clémentine sont effacés, malgré les efforts de Joël pour lutter contre cet effacement. Mais Marie, qui vient d’apprendre pour l’effacement de mémoire qu’elle a subit, décide d’envoyer les dossiers des opérations à tous les clients qui ont subi des effacements de souvenir. La fin du film rembobine  le début, au moment de « la » rencontre (scène dans la voiture notamment), mais Joël, vient de recevoir son dossier, et sa cassette ; Clémentine aussi. Ils découvrent tous deux ce que chacun reprochait à l’autre, et pourquoi ils voulaient s’effacer l’un de la mémoire de l’autre. Cette découverte renforce leur amour, ou au contraire, le fait naître. Tout dépend de quel point de vue le spectateur se place. En morale à l’histoire de Joël et Clémentine, on retiendra que la mémoire est primordiale à la construction de notre conscience,… , et, parfois, il ne suffit pas de vouloir se débarrasser d’un souvenir pour penser aller mieux. Au contraire, il semble que les faits vécus par notre conscience doivent se passer.  La mémoire n’a jamais pris autant de sens que dans Eternal Sunshine of the spotless mind. Mais des questions subsident : Sommes-nous réellement maîtres de notre destin ? Peut-on jouer avec la mémoire de l’autre ? Ôter un souvenir à un individu ne reviendrait-il pas à lui enlever une partie de son « moi » ?  Un homme détaché de  ses souvenirs est une âme en perdition, flottant à travers un corps qui n’est plus sien.


 


                                                                                                                                    Elsa Vernet, Tl


 


           

Par Vernet Elsa

Créé le 11:12:2011 à 17:22
Edité le 05:05:2014 à 6:17